Mieux taire/ Par mottes froides

Mais cette simplicité même se dérobe, et chacune de nos tentatives nous ramène à nos peurs, à nos ratages ; le doute se fait alors plus pressant encore (comme on se heurte aux murs, qui sont ce qui tient, mais aussi ce qui enferme). Alors, à quoi bon ?
On arrache des images aussi / vaines et ressassées que les mottes d’hier. / On s’use à dire ça dans des mots faibles, in / capables, et peut-être qu’il faudrait se taire. Sauf qu’avec l’écriture, si tâtonnante soit-elle, au moins on rend compte
et que l’oeil s’émerveille ou se rétracte, on pourra dire enfin quelque chose a eu lieu. Sauf que ce quelque chose vient aussi s’inscrire dans un échange avec quelqu’un, celui qu’il nous faut, chaque jour, pour nous rendre les évidences
moins fuyantes. Sauf qu’à notre tour nous pouvons être ce quelqu’un pour un autre…
Assis à sa table, même lorsqu’il y est seul, même si (ses) yeux luttent pour le moindre objet, et même s’il se répète encore qu’il aurait mieux valu se taire, Armand Dupuy implique son lecteur dans son attention scrupuleuse à ce qu’il en est de vivre et lui ouvre un espace :
Les choses, / encore les choses et ce blanc, / dedans. // C’est-à-dire de la place.
/ Quelque part où tenir, // quand même.


Marc Dugardin

              

Mieux taire est édité par Æncrages, dans la collection Ecri(peind)re. Par mottes froides est édité par Le Taillis Pré.


 
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