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par Pietro Pizzuti, comédien
Je ne savais rien de Cristina Campo avant d’être envoûté par ses vers ciselés et sa prose d’orfèvre. Tout ce qu’elle écrit sent l’olivier, tout ce qu’elle pense est d’abord une prière et l’Absence trône au centre de son chant. Son étude de la nature humaine est vaste et fine comme le geste du ciseleur qui réfléchit le monde. Rarement il m’a été donné de me laisser transporter par une plume aussi suave, aux rimes de laquelle je reconnais ma terre, ses mers et son humble indolence. L’Italie est son creuset comme il est le mien. Notre langue mère – reçue au sein – nous réunit. Pourvu qu’elle continue de le faire au fil de ma découverte de cette oeuvre ciselée et questionnante. Je lis Campo comme un champ de possibles. Le poète y ouvre des horizons de lumières insoupçonnés et accompagne l’envol. Je laboure les chapitres de ses Impardonnables comme un canyon aux méandres réflexives qui procure un vertige doux comme le premier soleil de l’an. Béni soit cet intellect façonné de telle sorte que rien ne lui semble étranger, exclu ou devoir peu mériter son attention ! Car c’est bien à l’exercice d’une infinie attention aux êtres et à leurs mouvements grands et petits que la dame nous convie. C’est une ode à l’improbable avènement des choses qu’elle nous dispense à chaque vers et sans jamais nous laisser orphelins d’émotion la voilà qui appelle les grands mythes qui nous fondent pour preuve de leur incurable humanité. En la lisant je ne peux m’empêcher de louer infiniment la nature de sa quête qui l’amène immanquablement à avouer peu connaître l’âme tant elle lui est familière.
Pietro Pizzuti
« Il nous manque pour aujourd’hui une Cristina Campo. Elle avait découvert que la beauté inspire au plus grand nombre de la crainte. Que la perfection fait horreur, comme si elle s’apparentait à la mort. Que seule elle réussit à multiplier des
instants de vie que traque une dévorante passion de la vérité. Ceux qui s’en sentent capables ont en réalité des yeux héroïques. Ils ont vu la beauté et ne s’en sont pas détournés. Ils ont reconnu sa perte sur la terre et par mérite l’ont acquise en esprit. Après toute une vie radicalisée par une exigence quasi conventuelle, elle devait disparaître en 1977 en ne laissant que quelques recueils de textes courts, hautains, flamboyants, d’une magnifique intolérance. »
Pierre Mertens, Le Don d’avoir été vivant, Écriture, 2009.
Profondément inactuelle, vouée à aimer tout ce que l’homme a aujourd’hui déserté, Cristina Campo (1923-1977) est l’auteur d’une oeuvre concise, secrète et comme illuminée par la musique d’une grâce intérieure. Parmi les quelques rares oeuvres disponibles en français, on peut citer : Les Impardonnables (Gallimard), Le Tigre absence (Arfuyen), Lettres à Mita (L’Arpenteur), La Noix d’or (L’Arpenteur).
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