L'oeuvre du regard

L’intérêt de François Jacqmin pour la peinture et les arts plastiques fut constant. Aux éditions du Taillis Pré paraît un livre intitulé L’OEuvre du regard, où sont rassemblés les poèmes qui, dès les années 60 et jusqu’au décès de
François Jacqmin, ont fait l’objet d’une publication dans des ouvrages de bibliophilie, à tirage très réduit, réalisés avec des artistes. En collaborant avec eux, le poète a très tôt tenu à ce que le texte du poème ne soit ni commentaire, ni illustration, ni illustré, ni absorbé par l’oeuvre visuelle. « Il m’a semblé que c’était beaucoup
plus intéressant d’écrire un texte qui fût réellement le mien mais quasi en parallèle et c’est ce que je fais maintenant en y trouvant beaucoup de satisfaction », déclarait-il en 1984. Il intensifiera ces collaborations jusqu’à l’extrême fin de sa vie. Dans chaque ouvrage, deux créateurs, le poète et l’artiste, mènent à ses limites un parallèle qui relève autant de la fraternité que de la confrontation. C’est aussi une aventure du regard du poète, sur l’oeuvre et sur le réel, tel que sa pensée le soumet impitoyablement à l’exercice du poème, où l’ascèse laisse une place à l’humour.

Ce qui est touché / par le verbe
/ devient fou de rage : // la matière
préfère le trait.
Le temps / est la mesure du moi ;
// il est l’heure / que je suis.
L’oeuvre du regard : // se défaire des
entraves / de la distance.
Le ciel est bleu et / barbare. // Le
soleil / ne connaît plus d’ennemi. //
Pour éviter le pire, / midi mime la
béatitude.


Gérald Purnelle


 
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