Janos Pilinszky

La poésie de Pilinszky est profondément ancrée dans les tourments et les épreuves du XXe siècle (la dictature fascisante en Hongrie, puis l’invasion par les troupes nazies, les camps de travail, les enrôlements de force, l’extermination des Juifs et, ensuite, la dictature communiste qui lui a interdit toute publication jusqu’en 1959).
Pour Pilinszky, pas question de tricher avec ces réalités. La seule poésie possible est celle qui descend jusqu’au plus brut, voire au plus abject et, de là, cherche un signe : toute sa poétique, note Lorand Gaspar, est une tentative
pour dégager un humble signe dans le fatras d’une remise, un clou tordu soudain investi de la majesté royale de l’incarné. Cette démarche est sous-tendue par la volonté de retrouver le chemin qui conduit chez soi, selon une
expression hongroise que le français ne peut semble-t-il traduire dans toutes ses nuances. Chez soi, c’est, écrit Pilinszky, une table mise où chacun est invité, où chacun peut se rassasier, sans porter préjudice à qui que ce soit. Pour y mener (ou du moins se mettre en quête de ce lieu), le chemin est exigeant, de plus en plus dépouillé, sans aucune fioriture : dans les poèmes actuels je tâtonne plus aveuglément écrit encore Pilinszky à propos de l’évolution de son écriture. À noter encore que, profondément marqué par Dostoïevski et par Simone Weil, ce croyant déclarait : je suis sur mes gardes, car la poésie n’est pas une homélie. Grâce au travail du compositeur
György Kurtág, nous pourrons nous faire une idée de ce que donne à entendre la musique très particulière de la langue hongroise et même écouter brièvement la voix de Pilinszky récitant quelques-uns de ses vers.

                                     


 
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